1- Histoire de Ouargla et de sa région ( Oued Mya )

 

Les gisements de pierres taillées et les pointes de flèches découvertes à Mellala et Sidi khouiled  indiquent que la vallée de Oued Mya était un centre de peuplement très ancien.

 

Cette thèse a été confirmée par l’étude réalisée par le Dr Trecolle et son équipe et publiée dans la revue Lybica.

Les Romains n’occupèrent jamais cette région mais les nombreuses pièces de monnaie romaines trouvées dans la région laissent supposer que des échanges ont eu lieu avec les provinces de Numidie et d’Ifriquia.

 

Ibn Khaldoun cite dans son histoire des Berbères que les Beni Zenete fondirent la ville qui porte leur nom.

 

Par ailleurs il affirme que dés la première moitié du VIII siècle toute la région a été acquise au rite ibadite . Serait-ce là l’œuvre de Cheikh Kaddour Imam ibadite venu de Zanzibar et à qui certains historiens de la région attribuent la fondation de la ville.

L’arrivée , au début du X siècle des Rostémides qui fuyaient Tahert envahie par les Chiites sous la conduite d’Abou Oubaidallah fut le point de départ d’une grande prospérité pour les villes de la région de Ouargla et Sedrata.

 

Le trafic des esclaves qui s’ajoutait à celui de l’or et de l’ivoire , fit de Ouargla le point d’arrivée des caravanes venues du Soudan et le point de départ  de celles qui amenaient les dattes , les grains et les tissus.

 

L’Historien El Idrissi la décrit ainsi «  Cette cité est habitée par des famille opulentes et des négociants fort riches qui pour faire le commerce parcouraient plusieurs Pays et pénétraient jusqu’au Ghana et au Wangara d’où ils tiraient l’or qui est ensuite frappé à Ouargla ».

 

A cet développement économique vient s’ajouter un essor culturel marqué par l’apparition de grands Théologiens , Voyageurs et Historiens parmi lesquels Abi Bakr Yahia Ibn El Wardjani et Youcef Ibn Brahim Ben Mayad El Sadrati El Wardjani.

Cette période fut également marquée par la mise en place d’une organisation sociale qui régira la vie de la communauté ibadite   (la Halka des Azzaba).

 

Mais cette prospérité ne tarda pas à attirer la convoitise des envieux qui voulaient s’approprier la route de l’or.

 

Ce fut El Mouiz Ibn Ziri , émir de Kairouan qui en 1037 s’empara le premier de Ouargla.

 

Quelques années plus tard  ce fut au tour d’El Mansour , fils du Sultan Hammadite Ennacer d’envahir la vallée d’Oued Mya avec pillages , destructions et exécutions sommaires.

 

En 1075 les survivants se réuniront pour reconstruire la ville de Ouargla .

 

Et si Ouargla fut reconstruite les autres Villes ( Sedrata , Tamount et Tamezought ) furent presque abandonnées  , leur destruction définitive fut l’œuvre de Yahia Ibn Ghania le Morjquin qui envahit le Pays en 1274.

Aujourd’hui , seules les ruines de Sedrata qui se dressent au milieu des dunes continuent de nous rappeler la prospérité et l’essor qu’a connu cette région saharienne.

 

Cette période fut aussi marquée par l’implantation des tribus arabes hilalienne dans la région.

 

La position stratégique de Ouargla fait que quelque soient ses nouveaux maîtres , ils restent particulièrement intéressés aux caravanes et au commerce.

 

Ibn Khaldoun souligne qu’à la fin du XIV siècle Ouargla était la porte du désert par laquelle les voyageurs qui viennent du Zab doivent passe pour se rendre au Soudan avec leurs marchandises.

En ces temps les habitants étaient soit des Beni Ouargla ou des Beni Ifren et des Maghrous .La famille régnante était celle des Beni Ghaboul , branche illustre des la fraction des Beni Ouaggine.

 

Aux Beni Ghaboul succède une famille étrangère venue du Maroc , celle des Allahoum dont le règne allait durer un siècle et fut marquée par une décadence manifeste.

Après la prise par les Turcs des Oasis du sud constantinois en 1535 , le Pacha Salah Rais entreprit une expédition sur Touggourt et Ouargla en 1552.

 

L’occupation française se fit en plusieurs phases. En 1849 le Sultan de N’Goussa qui a été proclamé Khalife de Ouargla reconnut la souveraineté française mais deux années plus tard les Said Otba qui constituaient l’armée de N’Goussa suivirent Mohamed Ben Abdallah dans sa révolte contre l’occupant.

 

Le 27 janvier 1854 une colonne française dirigé »e ar le Colonel Durieux pénétra dans Ouargla pour chasser le Chérif Mohamed Ben Abdallah.

De 1853 à 1864 la région de Ouargla a été dirigée par les Ouled Sidi Cheikh mais en 1863 Si Slimane Ben hamza appuyé par son oncle Si Lala et toutes les tribus de Ouargla se révolté contre les français.

En 1869 Mohamed Ben Toumi Ben Brahim dit Bouchouche rallia des partisans et rentra dans Ouargla ou il est proclamé Sultan.

Une colonne dirigée par le Général De Lacroix Vaubois l’obligea à quitter la ville au mois de janvier 1872 et à titre de représailles , les populations sont soumises à une forte contribution de guerre tandis que les maisons du quartier des Beni Sissine sont rasées.

 

Le nouvel Agha Ben Driss nommé par les français qui jugeaient la casbah peu sure , s’installa à Bamendil ou les ruines de son palais sont encore visibles.

Le 27 février 1962 et alors que les négociations d’Evian entre le GPRA et le Gouvernement Français butaient sur la question du Sahara la population de Ouargla sortit dans la rue rappeler à l’occupant que le Sahara était partie intégrante de l’Algérie.

 

Cette manifestation s’est soldé par la mort du militant Chetti  El Ouakkal et plusieurs blessés.

 

2- Histoire de Touggourt et de sa région ( Oued Righ )

 

Capitale de la Région de Oued Righ , ensemble partagé aujourd’hui entre les Wilayates de Ouargla et d’El Oued , Touggourt a joué un rôle important dans l’histoire de cette région que les historiens appelle le Sahara de Constantine.

Le Professeur Balout dans son cours sur la préhistoire saharienne indique qu’il est supposé sas risque de grosses erreurs d’après les silex taillés ramassés dans l’Oued Righ que des individus déjà évolués , les Capsiens , vivaient dans cette zone entre 9000 et 3000 ans avant notre ère.

Plus tard , sans qu’il ne soit possible d’en préciser l’époque , le pays fut soumis aux Gétutes auxquels Pline assigna comme limites septentrionales le fleuve nigrs ( actuel Oued Djeddi ).

 

La tribu des Righa , branche de la  grande famille des Zenetes qui donna le nom de Oued Righ à la contrée y serait venue au cous du V siècle.

 

Au temps des romains le Pays fut toujours un foyer menaçant ou venaient se réfugier les révoltes berbères qui troublaient la tranquillité de la Numidie romaine.

 

Les romains n’occupèrent jamais Oued Righ. Ils se contentaient d’y faire effectuer quelques tournées intermittentes de police par leurs légions cantonnées dans le Zab voisin.

 

Dans le seconde moitié du VII siècle Sidi Okba envoya un de ses lieutenants El Hassan , convertir et diriger le Pays  qui se trouve entre Biskra et Ouargla.

 

D’après les Gens du Pays ce responsable s’appellerait plutôt El Hachane et serait l’ancêtre des Ouled el Hachene de Oued Righ .et chaque année au début de l’automne , la Hadra des Ouled El Hachene est organisée dans cette région pour célébrer cet évènement.

 

Aux X et au XI siècles  Touggourt et sa région subissent l’influence de l’Ibadisme dont les chefs défaits dans le nord sont venus chercher refuge à Ouargla et Sedrata dans l’oued Mya.

 

Au moment de la vague hilalienne les K’Sours de Oued Righ étaient passés sous l’autorité des sultans Hammadites du Hodna .

Par la suite , Touggourt eut ses propres Gouverneurs les Beni Obeidallah qui étaient des riches autochtones et qui  pratiquaient au même titre que leurs sujets le rite ibadite.

 

Ibn Khaldoun attribue la ruine du pays à Ibn Ghania à l’occasion de ses guerres avec les Almohades , qui avaient fait des incursions dévastatrices dans l’Oued Righ.

 

Par la suite le pays fut soumis aux Almohades puis aux hafsides et dépendait d’Ibn Mozni qui gouvernait à Biskra au nom de cette famille.

 

Le Melekisme fut introduit dans le Pays par les Pèlerins venus du Maroc qui se rendaient aux lieux Saints de l’Islam par caravanes.

 

C’est par une des ces caravanes qu’arriva à Touggourt le Cherif Sidi M’Hemed Ben Yahia El Idrissi qui dirigea le Pays pendant quarante ans et fut le principal propagateur du rite Malekite dans la région.

 

Un autre pèlerin va marquer l’histoire de Oued Righ , El Hadj Slimane Elimer  dit Djelab , qui y arriva en 1445 et fut le fondateur de la dynastie des Djellabs  qui régna pendant quatre siècles sur Touggourt et sa région.

 

En 1528 lorsque le Baylik de Constantine fut organisé les Beys eurent comme principaux mandataires dans le sud le Cheikh El des Douaoudas et le sultan Ben Djellab de Touggourt.

En 1552 les habitants  de cette ville et leurs voisins de Ouargla ayant refusé de s’acquitter de l’impôt , le Pacha Salah Rais ,avec 1000 cavaliers et 8000 fantassins  vint mettre le siège devant Touggourt qui se rendit au bout de trois jours.

 

En 1788 , toujours à la suite du refus de l’impôt , la capitale du Righ subit un deuxième siège de la part de Salah Bey de Constantine.

 

La troisième expédition turque eut lieu pour les mêmes motifs en 1820 et était dirigée par Ahmed Bey Mamlouk.

 

Les Français qui occupèrent Biskra  en 1844 imposèrent au Sultan Abderrahmane Ben Djellab un tribut annuel de 20.000 fr en échange de leur reconnaissance de sa souveraineté sur l’Oued Righ et le Souf.

 

Lorsque ce dernier décéda , son cousin Selman qui lui succéda épouse le parti du  combattant nationaliste Mohamed Ben Abdallah et renia tout accord avec les Français.

 

Le 11 novembre 1854 une colonne dirigée par le Commandant Mermier quitta Biskra e direction de Touggourt . Selmane et Cherif l’attendaient à Meggarine  ou la bataille dura toute la journée du 27 novembre et après une résistance farouche Chérif dut se réfugier derrière les remparts de sa ville et fut contraint , après plusieurs de siège , de fuir vers El Oued et delà vers la Tunisie.

 

Le 5 décembre 1854 le Général Deveux prenait possession de la capitale des Beni Djellabs.

 

Le 15 mai 1871 Mohamed Ben Toumi Ben Brahim dit Bouchoucha s’empara de la ville de Touggourt après avoir exterminé la garnison que les Français  y maintenaient sous le commandement du Lieutenant Mousseli  et y plaça Ben Naceur Ben Chohra comme Khalife.

 

La ville recouvrait son indépendance pendant sept mois et ce n’est que le 27 décembre 1871 qu’une colonne française commandée par le Général de la croix reprit possession de la ville.

 

Bien avant 1954 divers mouvements politiques nationalistes parvinrent à s’implanter dans la région.

 

Au début des années cinquante plusieurs chefs et militants du PPA furet arrêtes à Touggourt et Ouargla.

 

A la suite de la réorganisation qui suivit le congrès de la Soummam les régions de Ouargla et Touggourt furent rattachées à la Nahia IV  de la Wilaya VI ( Aures –Nemamchas ) et furent , par la suite , inclues  dans la zone V  de la Wilaya VI.

 

La journée du 19 novembre 1957 fut particulièrement sanglante à Touggourt et les documents trouvés sur le corps d’un responsable tombé au champ d’honneur permirent aux Français d’arréter 2500 militants parmi lesquels Boulifa Hamma Amrane , son cousin Mohamed et Tounsi Lazhari responsables politiques  de la ville qui furent fusillés le jour même sans aucune forme de procès.

 

Et comme Ouargla Touggourt manifesta elle aussi le 27 février 1952 pour dire que l’Algerie est une et indivisible.

 

Les habitants du Sahara ont , par ces manifestations , exprimé haut et fort leur attachement à l’unité de la patrie et leur refus  catégorique du complot colonial  ourdi contre l’Algérie et son peuple.

 

Ouargla et ses environs , Touggourt et ses environs , toutes les villes et tous les villages de la Wilaya commémorent aujourd’hui avec fierté et  espoir en l’avenir les évènements qui ont fait leur histoire ancienne et  proche et leur contribution à l’évolution victorieuse de l’Algérie.